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L'avenir compromis des jeunes chercheurs en France


Est-il raisonnable de continuer à en appeler à la vocation des étudiants sans tenir compte de ce qu'ils deviendront dans quelques années ? Dans une situation que le gouvernement a rendue si catastrophique pour la recherche, n'est-il pas irresponsable de se taire ?

C'était attendu : dans la présentation de son budget 2004, le ministère de la Recherche n'a pas manqué d'insister sur les mesures en faveur des jeunes chercheurs. Pourtant, la réalité de la politique engagée est loin de répondre à leurs aspirations. Au contraire, elle ne peut que susciter l'inquiétude par rapport à leur avenir.

Précarité du jeune chercheur

Le premier problème majeur auquel sont confrontés les jeunes chercheurs est la précarité de leur statut socioéconomique. Alors qu'ils représentent plus de la moitié des effectifs des unités de recherche, le travail des doctorants et nouveaux docteurs sur postes non permanents (les fameux « postdocs ») est peu ou pas reconnu par l'institution. En l'absence d'un cadre juridique clair, leurs droits sont extrêmement variables et le plus grand nombre vit dans l'insécurité économique et sociale.

Des mesures volontaires seraient nécessaires pour garantir à tous les jeunes chercheurs une juste reconnaissance, passant notamment par des droits sociaux et une rémunération à la hauteur de leur qualification et de leur contribution au progrès de la société. À cet égard, les mesures annoncées par le gouvernement sont loin de répondre à leurs attentes.

De la responsabilité de l'État-employeur

Une mesure longtemps attendue concerne un dispositif visant à financer la protection sociale des chercheurs doctorants rémunérés par des libéralités. Que l'État décide enfin de s'attaquer à cette question ne peut que les réjouir. Cependant, les moyens mis en oeuvre par le ministère de la Recherche montrent que l'ampleur du problème a été largement sous-évaluée. Alors que plusieurs milliers de personnes sont dans cette situation de travail illégal, le financement des charges sociales a été budgété pour seulement 300 doctorants et le dispositif envisagé exclut les postdocs. Autre point décevant du dispositif, il ne concerne que les libéralités versées par quelques grandes associations caritatives à des jeunes chercheurs. En l'absence d'accord officiel de ces associations, sa mise en oeuvre reste à l'heure actuelle encore hypothétique. Plus grave, l'approche retenue fait l'impasse sur la responsabilité de l'État, premier pourvoyeur de libéralités à travers ses ministères, ses établissements publics ou ses collectivités territoriales.

Passons rapidement sur la revalorisation de 4 % des allocations de recherche : « une progression de 15 % depuis 2002 » selon les termes du ministère. Rappelons qu'elle n'avait pas évolué entre 1991 et 2001, et que les doctorants ont dû descendre dans la rue pour obtenir du précédent gouvernement l'amorce de ce mouvement de rattrapage. Cette réévaluation (de 11,3 % en 12 ans pour l'instant) reste bien insuffisante et ne fait qu'éviter un trop flagrant dérapage en dessous du Smic. Si les allocataires de recherche font presque figure de privilégiés en regard de leurs collègues non rémunérés, il reste scandaleux qu'une nation comme la France accorde à ses jeunes chercheurs une rémunération inférieure à celle d'un policier stagiaire sans qualification.

L'augmentation du nombre total de financements ne semble pas non plus une priorité de ce gouvernement. Les gels et annulations de crédits en 2003 ont été l'occasion d'une première baisse discrète du nombre d'allocations de recherche en cours d'année. Le projet de loi de finances pour 2004 continue dans cette voie avec la suppression de 300 contrats d'allocataires. Pourtant, à plusieurs reprises cette année, ce ministère avait juré qu'il était hors de question de diminuer le nombre habituel de 4 000 allocations.

Suppression de 300 contrats d'allocations de recherche

On pourrait interpréter le transfert de ces 300 allocations vers des contrats Cifre comme une volonté de renforcer les échanges entre le monde universitaire et l'industrie. Cependant le caractère massif du transfert le rend illusoire : comment peut-on espérer une augmentation subite de 35 % de ce type de partenariats, quand le nombre de dossiers financés chaque année est déjà inférieur à celui budgété ? On peut donc craindre qu'une partie de ces financements, déjà plus économiques que les allocations de recherche, soit finalement annulée faute d'entreprises candidates. Enfin la mesure sera clairement reçue comme le signe d'un désintérêt affiché du ministère pour les sciences de l'homme et de la société.

Des postdocs à la place des emplois statutaires

Si les chercheurs ne voient pas leur travail reconnu à sa juste valeur pendant les premières années de leur carrière, beaucoup étaient motivés par l'espoir d'accéder à un poste de chercheur ou d'enseignant-chercheur titulaire. Le budget 2004, chose jamais vue, ne prévoit aucune création de poste, que ce soit dans les organismes de recherche ou dans les universités, ce qui conduit à une baisse du nombre d'emplois stables offerts aux jeunes chercheurs. Dans un même temps, de nouveaux contrats de « postdocs » ainsi que des CDD de trois à cinq ans sont proposés, pour les chercheurs comme pour les ingénieurs, ce qui aboutit à une précarisation inacceptable des emplois. Une telle politique revient à singer le modèle nord-américain sans en avoir les moyens. Les contrats courts n'y sont attractifs que parce qu'une rémunération substantielle compense l'instabilité du poste, parce que leurs laboratoires savent offrir un cadre de travail de premier plan et qu'il est aisé de se reconvertir dans le monde industriel.

Quelle jeune personne raisonnable fera chez nous le choix de s'engager dans les métiers de la recherche, quand sa seule perspective sera d'enchaîner les contrats courts, sous-payés, dans des laboratoires paupérisés, avant d'espérer accéder enfin à un CDI à l'âge de 40 ans ? Et en cas d'échec, les portes de l'industrie lui seront également fermées à cause de son âge.

Un budget inquiétant pour l'avenir de la recherche

En conclusion, ce budget nous apparaît donc inquiétant pour l'avenir de la recherche car il compromet sérieusement la capacité du système à assurer la relève. Si l'État souhaite inciter les jeunes les plus brillants à s'engager dans une carrière scientifique, il est nécessaire de leur offrir d'une part des conditions décentes pour la préparation de leur doctorat, et d'autre part des perspectives claires d'une insertion stable et précoce dans les structures de recherche. À ce titre, les mesures proposées par le gouvernement nous semblent très loin d'être à la hauteur des enjeux.

La Confédération des Jeunes Chercheurs.

Article paru dans « La vie de la recherche scientifique » n°356.

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Ce document (/presentation/presse/articles/article-2004-01_vrs-356.html) a été mis à jour le 10 juin 2007

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