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La bonne terminologie du doctorat

Les jeunes chercheurs, Ă  savoir les doctorants et nouveaux docteurs, reprĂ©sentent l'essentiel des « forces vives Â» des unitĂ©s de recherche, et - dans beaucoup de disciplines - une part indispensable du personnel enseignant. Leur nombre est Ă©quivalent Ă  celui des personnels chercheurs et enseignants-chercheurs permanents. Leur contribution Ă  la production scientifique du pays est Ă©vidente.

Le doctorat : une activitĂ© professionnelle

L'activitĂ© quotidienne des jeunes chercheurs consiste en la construction de savoirs et de savoir-faire, lĂ  oĂč celle d'un Ă©tudiant consiste en l'acquisition de connaissances. La part d'acquisition de compĂ©tences d'un jeune chercheur est similaire Ă  celle de n'importe quel travailleur affectĂ© Ă  une nouvelle fonction. Le travail des jeunes chercheurs est comparable Ă  celui de leurs collĂšgues permanents, mĂȘme si leurs prĂ©occupations et leurs attentes restent spĂ©cifiques et distinctes.

Le caractĂšre professionnel du doctorat est actĂ©, depuis de nombreuses annĂ©es, aux Ă©chelles nationale et europĂ©enne. En effet, dans sa Charte du chercheur et dans son Code de conduite pour le recrutement des chercheurs, la Commission EuropĂ©enne utilise le terme de « chercheur en dĂ©but de carriĂšre Â» (angl.: « early stage researcher Â») pour dĂ©signer un doctorant. Les autres structures europĂ©ennes (telles que l'Association EuropĂ©enne des UniversitĂ©s, EUA) ont Ă©galement adhĂ©rĂ© Ă  cette vision. Sur le plan national, notamment suite aux États GĂ©nĂ©raux de la Recherche de 2004, lors desquels la communautĂ© scientifique s'Ă©tait exprimĂ©e dans ce sens, le caractĂšre professionnel du doctorat a Ă©tĂ© explicitement inscrit dans le Code de l'Éducation.

La valorisation de l'expérience doctorale passe donc notamment par une différenciation explicite des étudiants et des doctorants et par un rapprochement des jeunes chercheurs et des autres producteurs de la recherche : les doctorants sont, de par la préparation d'un titre universitaire, inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur, mais c'est leur statut[1] de personnel de la recherche qui doit primer, tout comme c'est le cas pour les candidats à l'HDR (Habilitation à Diriger les Recherches).

Petit lexique du doctorat

Le vocabulaire traditionnellement employé dans le milieu académique ne réflÚte pas le caractÚre professionnel du doctorat et peut ainsi nuire à la valorisation des compétences des jeunes chercheurs. Nous proposons ici une terminologie précise et adaptée.
  • Ă©tudiant en thĂšse : l'expression « chercheur doctorant Â» ou simplement « doctorant Â», doit ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©e en cela qu'elle fait primer la fonction de chercheur et de producteur de connaissances sur celle d'Ă©tudiant et de consommateur de connaissances. La variante « enseignant-chercheur doctorant Â» peut ĂȘtre employĂ©e pour les doctorants ayant une activitĂ© d'enseignement ;
  • post-doc : de nombreuses variantes existent pour dĂ©signer les CDD de recherche pour docteurs: « post-doc », « stage post-doctoral » voire « Ă©tudes post-doctorales » sont un vocable flou entretenant une idĂ©e de prĂ©dominance de la formation sur l'expĂ©rience professionnelle. Il s'agit d'une expression dissimulant l'aspect prĂ©caire des contrats proposĂ©s aux nouveaux docteurs. Il est Ă  noter que la recherche est le seul mĂ©tier du monde oĂč l'intitulĂ© du poste varie selon la durĂ©e du contrat ;
  • insertion professionnelle : les doctorants Ă©tant dĂ©jĂ  en activitĂ© professionnelle, leur devenir doit ĂȘtre dĂ©signĂ© en parlant, par exemple, de poursuite de carriĂšre ;
  • thĂšse : le terme « thĂšse Â» dĂ©signe uniquement le manuscrit final[2] , et non le projet de recherche doctoral allant de l'inscription universitaire Ă  la soutenance. De mĂȘme, l' « inscription en doctorat Â» doit remplacer l' « inscription en thĂšse Â» ;
  • ĂȘtre en thĂšse : le fait d'ĂȘtre doctorant dĂ©signe bien une activitĂ© professionnelle et ne focalise pas sur l'inscription administrative - et donc l'aspect Ă©tudiant - comme le ferait une expression comme « ĂȘtre en thĂšse Â» ou mĂȘme « ĂȘtre en doctorat Â» ;
  • thĂ©sard : en français, le suffixe « ard » est pĂ©joratif ou familier. Ce terme ne peut donc ĂȘtre que de l'argot et ne peut apparaĂźtre dans un document officiel ;
  • directeur de thĂšse : comme dit prĂ©cĂ©demment, la thĂšse est un manuscrit, ce qui rend de facto l'expression inadĂ©quate, le rĂŽle d'encadrant ne se limitant pas Ă  la relecture du manuscrit. De plus, il est admis depuis plusieurs annĂ©es qu'une Ă©quipe d'encadrement doit ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ©e, pour favoriser l'intĂ©gration dans l'unitĂ© de recherche ;
  • financement : le financement d'un projet de recherche doit intĂ©grer le budget pour les formations, les dĂ©placements, le matĂ©riel et la rĂ©munĂ©ration du chercheur sous forme d'un contrat de travail. De mĂȘme, la notion de « doctorant financĂ© Â» dĂ©signe en rĂ©alitĂ© celle de « doctorant sous contrat » ;
  • bourse : les libĂ©ralitĂ©s, versements d'argent non associĂ©s Ă  des cotisations sociales, souvent dĂ©signĂ©es comme bourses, ne doivent pas ĂȘtre confondues avec des contrats de travail et sont non rĂ©glementaires lorsqu'elles servent Ă  rĂ©munĂ©rer un travail[3] ;
  • sciences : les sciences se dĂ©finissent en fonction de la dĂ©marche scientifique et non en fonction du domaine de recherche. Le terme « sciences » recouvre donc autant les sciences humaines et sociales que les sciences techniques, les sciences du vivant, les sciences juridiques, etc. qu'elles soient fondamentales ou appliquĂ©es.

Importance d'une terminologie adaptée

La précision et la complexité du langage permettent la complexité et la précision de la pensée. Il est donc important que la terminologie employée par les acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche concernant le doctorat soit spécifique et adaptée. En outre, l'utilisation d'un vocable étudiant amÚne, inconsciemment, à réutiliser des schémas de pensée liés à l'organisation de la vie étudiante et non à l'organisation du doctorat.

Par exemple, lors du discours introductif au colloque « Doctorat, doctorants et docteurs » d'avril 2010, le président de la Conférence des Présidents d'Université a dit, en faisant référence au remplacement de l'allocation de recherche par le contrat doctoral :

N'oublions pas que le doctorant, depuis le contrat doctoral et les ResponsabilitĂ©s et CompĂ©tences Élargies, est devenu un salariĂ© de l'Ă©tablissement. Nous avons donc des Ă©tudiants qui sont en mĂȘme temps nos collaborateurs, nos personnels, et nous devons avoir une politique particuliĂšre pour cette catĂ©gorie quasiment unique dans nos Ă©tablissements.

Ainsi, le passage de l'allocation de recherche au contrat doctoral a amenĂ© un changement dans la perception du statut des doctorants, qui sont devenus, aux yeux de leurs collĂšgues, des chercheurs. Pourtant, les diffĂ©rences entre les deux contrats ne concernent pas les missions ou le statut du doctorant recrutĂ©, mais uniquement des points techniques concernant sa relation avec son employeur. La seule vraie diffĂ©rence concernant son statut contractuel rĂ©side dans l'intitulĂ©, qui fait explicitement mention du mot « contrat ». On voit ainsi Ă  quel point le vocabulaire a un impact sur les mentalitĂ©s, mĂȘme auprĂšs d'experts du monde universitaire tels que des prĂ©sidents d'universitĂ©.

Dans la mesure oĂč l'une des activitĂ©s importantes des acteurs du doctorat (encadrants, directeurs d'Ă©cole doctorale ou d'unitĂ© de recherche, membres du Conseil Scientifique ou du Conseil d'Administration d'un Ă©tablissement, prĂ©sidence de l'Ă©tablissement) est prĂ©cisĂ©ment l'organisation du doctorat, ils doivent avoir, concernant la terminologie relative aux jeunes chercheurs, la mĂȘme rigueur qu'ils ont dans le cadre de leur activitĂ© de recherche. Ainsi, il ne paraĂźt pas envisageable

  • qu'un expert en biologie puisse confondre ADN et ARN,
  • qu'un expert en droit puisse confondre lĂ©gislation et rĂšglementation,
  • qu'un expert en sociologie puisse confondre anthropologie et ethnologie,
  • qu'un expert en chimie puisse confondre vaporisation et sublimation,

alors qu'il est acceptable que quelqu'un ne travaillant pas sur ces notions en ait une compréhension approximative. La Confédération des Jeunes Chercheurs estime qu'en tant qu'experts du doctorat, les acteurs du doctorat ne peuvent pas assimiler étudiants et doctorants.


[1] : Il est Ă  noter que le terme « Ă©tudiant » ne renvoie Ă  aucun « statut » juridique, Ă©conomique ni mĂȘme universitaire. Le Code de l'Éducation ne distingue, comme dans tout service public, que deux catĂ©gorie : celle des « usagers » ou celles des « personnels ». En cas de possible appartenance aux deux catĂ©gories, c’est le rattachement Ă  celle des personnels qui prime.

[2] : Cette rĂ©alitĂ© Ă©tant encore plus prĂ©gnante en anglais, oĂč « thesis » ne dĂ©signe pas le processus de doctorat mais uniquement le manuscrit : on parle mĂȘme de « master's thesis » pour dĂ©signer le rapport de stage de master.

[3] : Les termes d'« allocation de recherche » et de « monitorat » sont également désuets suite à l'adoption du décret sur le contrat doctoral.

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Ce document (/presentation/terminologie.php) a été mis à jour le 10 décembre 2011

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